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Pourquoi nous n’arrivons pas à entreprendre notre vie malgré nos capacités

Je suis capable, motivée… mais incapable d’avancer

Je vais commencer par une confession : je suis brillante — et je suis sûre que vous aussi (si si).
>Je suis capable. Compétente. Après toutes ces années, j’ai accumulé pas mal d’expérience.
Je suis intelligente — disons au moins dans la moyenne.
Je suis une femme mature, avec un certain savoir-être et savoir-faire, et surtout une envie d’entreprendre qui ne date pas d’hier.
J’ai même frôlé ce rêve. Pendant plus de quinze ans, j’ai été consultante-formatrice indépendante. Mais je bricolais un peu. C’était une entreprise à petite échelle. À la mesure de la personne que j’étais à l’époque.
Aujourd’hui, je poursuis le même rêve. En réalité, c’est toujours le même rêve encore jamais atteint.
Un rêve à ma démesure. Pas un rêve bling-bling. Pas forcément un rêve pour devenir millionnaire (quoique…). Mais un rêve puissant, porteur, épanouissant.

Un rêve qui ferait dire, un pied dans la tombe : « Waouh… je suis fière de moi. Je ne regrette rien. »

J’aurais utilisé le potentiel qui m’habite.

J’aurais accompli ce que j’étais venue accomplir.

Et pourtant…

Je n’y arrive pas.

 

Si ce n’est pas la motivation… alors qu’est-ce qui bloque ?

Le problème n’est pas la motivation. Je suis motivée.
Le problème n’est pas non plus la discipline. Je travaille.
Ce n’est pas non plus la persévérance. Je suis une vraie teigne : je m’accroche.

Alors quoi ? Qu’est-ce qui cloche ?

Peut-être que vous aussi, vous connaissez cette sensation étrange : vouloir avancer de toutes vos forces… et pourtant rester immobile, comme si un frein invisible tirait le frein à main. Que c’est frustrant alors qu’on se sait capable, que votre entourage vous dit « vas-y, t’as tout ce qu’il faut, qu’est-ce que t’attend !? »

Durant une vie au long cours semée d’embûches – comme votre propre chemin sans doute -, et après bien des recherches intenses pour comprendre, pour me débloquer (lectures scientifiques, réflexions, cours, stages, conférences… Et aussi — soyons honnêtes — quelques traversées difficiles du côté de la santé mentale), j’ai compris une chose (plusieurs choses en fait mais qui se résume à une seule) : le problème n’est pas seulement psychologique, c’est-à-dire qu’il ne vient pas du manque de motivation, ni de la procrastination (qui porte mal son nom mais j’y reviendrai dans un autre article), ni de la compétence insuffisante ou de l’audace limitée…

Le problème est neuropsychologique. Et même neurophysiologique.

Autrement dit : le problème vient de notre système nerveux. Il est indépendant de notre volonté.

Je ne suis pas en train de nous défausser de nos responsabilités. Je suis en train de nommer une réalité que beaucoup ignore (même les psy que j’ai consultés) : si nous n’y arrivons pas, ce n’est pas de notre faute, c’est de la faute de notre système nerveux autonome.

« Faute » ? Non pas faute mais origine du problème de blocage, origine de notre impuissance à avancer selon nos désirs et nos rêves.

 

Le rôle du système nerveux autonome

Nous avons tendance à croire que notre vie est dirigée par notre volonté. En réalité, une grande partie de nos réactions est automatique. Notre système nerveux autonome (SNA) fonctionne en permanence, en arrière-plan.
Il régule : la respiration, le rythme cardiaque, la digestion, les réactions de défense. Et surtout… la perception du danger. 

Son rôle numéro un n’est pas notre réussite. Son rôle numéro un est notre survie.

C’est ce que montrent de nombreux travaux en neurosciences et en traumatologie. Par exemple :
– les recherches de Stephen Porges sur la théorie polyvagale (la TPV) ;
– les travaux du neuroscientifique Antonio Damasio sur le rôle des émotions dans la prise de décision ;
– ou encore les recherches sur le trauma décrites dans le livre de Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien.

Ces recherches montrent qu’une grande partie de nos décisions et comportements est influencée par des mécanismes automatiques liés à la sécurité. Autrement dit : même si nous voulons avancer, notre système nerveux peut décider que ce n’est pas une bonne idée.

Si vous vous reconnaissez dans ces blocages, dites-vous ceci : vous n’êtes pas paresseux, vous n’êtes pas incapable, et vous n’êtes pas seul.

Lorsque j’ai découvert ça, je n’en revenais pas, j’en ai littéralement pleuré. Alors c’est bien vrai ? Je ne suis pas « coupable », « fautive », procrastineuse, paresseuse, fuyante devant mes responsabilités… ? Waouh, quel soulagement !

Quand le système nerveux bloque nos rêves d’entreprendre

Un système nerveux autonome qui décide pour nous

En effet, nous ne sommes pas responsables en tant que sujet « je »… Nous ne sommes pas responsable de notre incapacité à entreprendre parce que « je » n’est pas aux commandes. « Je » ne suis pas aux commandes consciemment et volontairement de mon système nerveux autonome (le SNA). Et oui, « autonome » veut bien dire qu’il agit seul, sans mon intervention consciente et directe. Et je l’ignorais. Je croyais être maîtresse en ma demeure intérieure. Que nenni.

Du coup, l’essentiel pour réussir revient à comprendre que, dans l’équation de nos décisions conscientes et choisies, le SNA agit à mon insu. C’est là que nous comprenons que nous avons finalement bien peu de pouvoir sur nous-même ! (du moins si nous en restons à ce constat). Une fois assimilé cette réalité – notre fonctionnement psychique intime – nous sommes en mesure de reprendre les rênes de notre vie. Mais pas de la façon dont nous le croyons. Pas à coup de to-do list, d’objectifs SMART, de plan d’actions… En tous les cas, ces méthodes « classiques » ne fonctionnent pas du tout pour moi. Elles auraient même tendance à me bloquer davantage. Elles ne correspondent pas à mon fonctionnement naturel.

Nous devons donc l’intégrer dans nos projets

Pour l’heure, assimiler l’idée que, dans l’équation de nos projets, nous devons intégrer la présence et le rôle effectif de notre système autonome dans les actions que nous voulons entreprendre. Faire ami-ami avec lui.

Et comment faire ami-ami avec un étranger, cette partie de nous dont nous ignorons l’existence, dont nous n’avons même pas conscience qu’elle nous meut, nous agit et nous agite ? Comment fonctionner avec un intrus – une personne ou un truc – dont nous ignorons l’existence en nous-mêmes ?

Comment faire ami-ami avec une nouvelle personne ? En allant à sa rencontre pour faire sa connaissance. Et oui. Admettre : « hé guy [mec, gars], qui es-tu ? J’aimerais faire ta connaissance parce que tu as vachement d’emprise sur ma vie et je ne veux pas que tu me phagocytes selon ta volonté ».

On peut même aller plus loin – comme pour une personne qui exerce une emprise sur vous dans votre maison ou au travail : dégagez-la, mettez-la hors état de nuire… Oups, j’oubliais que vous ne pouvez pas vous débarrasser de votre système interne qui vous maintient en vie. Je retire ce que j’ai dit.

Comment gérer son « emprise » sur nous-même ?

Alors que faire ? Comment entreprendre sa vie sous l’emprise d’un système qui travaille selon sa mission-de vie-à-lui sans tenir compte de vos désirs conscients et de vos rêves ?

La vie est ce qui vous arrive quand vous regardez ailleurs.

« La vie, c’est ce qui vous arrive pendant que vous êtes occupé à faire d’autres projets. »
John Lennon [je n’ai pas trouvé son origine en anglais]

Oui, la vie ou mon système nerveux autonome décide pour moi et je veux malgré tout reprendre le pouvoir sur ma vie. Je suis quand même sujet de l’être biologique que j’incarne et que j’oriente ici-bas. J’ai le droit, et même le devoir, de me mettre – de prendre – les commandes et la direction de cette entité que j’incarne ici-bas. Comment faire ? En faisant connaissance avec mon système, ok.

Vaste programme que la connaissance de soi. Toute une vie pour aller à notre rencontre. Et pourtant cela nous permet de comprendre comment entreprendre notre vie et la réussir selon notre potentiel et nos envies profondes.

 

Quand entreprendre devient un danger

Cela peut sembler étrange. Pourquoi créer un projet serait-il dangereux ?

Parce que le système nerveux ne raisonne pas comme nous. Il fonctionne par apprentissage. Il se structure très tôt dans la vie : pendant l’enfance, parfois même pendant la gestion intra-utérine où notre mémoire somatique est déjà en fonctionnement, à partir des expériences relationnelles dès la naissance. Si, à un moment donné de notre vie, certaines expériences ont été vécues comme menaçantes, notre système peut enregistrer : ce monde est dangereux, se montrer est dangereux, réussir est dangereux, être visible est dangereux, entrer en lien avec autrui est dangereux, prendre sa place est dangereux.

Dans ce cas, entreprendre sa vie peut déclencher inconsciemment des réactions de protection : procrastination, fatigue soudaine au moment de passer à l’action, perte d’élan, confusion émotionnelle ou intellectuelle, auto-sabotage.

Ce ne sont pas des défauts de caractère. Ce sont souvent des stratégies de survie.

Lorsqu’on apprend que :

  • le SNA est là pour notre survie prioritairement, c’est-à-dire s’occuper de notre protection, nous préserver des dangers et des pièges (nous les montrer pour nous éviter de tomber dedans, nous donner les moyens de préserver notre vie coûte que coûte) ;
  • que la vie est croissance, expansion, développement, maturation ;
  • que la vie est (en tant que telle) ;
  • qu’elle n’émet aucune opinion ni jugement sur nos choix ;
  • que l’une de mes croyances est que l’énergie vitale universelle qui nous habite est mouvement permanent, création, expansion (je suis maître reiki et praticienne depuis 2004, ça ne laisse pas indemne) ;

Alors, je me dis que si je n’arrive pas à m’étendre, à m’expansionner à travers la concrétisation de mes projets, c’est que la vie me protège, qu’elle me veut du bien. Ou plutôt (moins ésotérique), que mon système nerveux autonome est aux commandes. (Comme la vie est bien faite quand même)
Je me sens donc bloquée concrètement parce que, sans doute, avancer, c’est prendre des risques (celui de créer, d’échouer, de réussir). C’est risquer de m’exposer, me mettre en danger, me rendre visible, et même me faire risquer de gagner de l’argent de manière indécente (ce serait peut-être aller à l’encontre de mon histoire transgénérationnelle).

Bref, réaliser un rêve devient hautement dangereux pour notre système interne.

Mais pourquoi une telle protection du système alors que je ne suis pas (ou plus) en danger ?

Quelle raison a-t-il de me protéger aujourd’hui (et de m’empêcher d’avancer comme je voudrais) alors que je ne suis nullement en danger ?

Qu’est-ce qui lui prend de me bloquer, de me plaquer au sol dans une vie rampante, terne et médiocre, sous la « ligne survie » ? Je ne suis pas en danger de mort que je sache, je ne suis pas dans un environnement exposé (pas de guerre, pas de bombe au-dessus de ma tête, pas de risque de mourir de faim).

 

Petit aparté qui me traverse l’esprit : le monde VUCA qui fait très mal…

Aaah ok, je vis – et nous vivons tous – dans un monde VUCA. Un monde Volatile, Incertain, Complexe et Ambigüe (Volatility, Uncertainly, Complexity and Ambiguity). Un monde dangereux donc.

 

Pourquoi certaines personnes avancent facilement

Pour autant, beaucoup de personnes réussissent quand même à réaliser leurs rêves (cf. les nombreuses biographies d’entrepreneur.es à success-stories).

Auraient-elles fait ami-ami avec leur système ? Auraient-elles eu conscience de devoir faire ami-ami avec lui ? Et sauraient-elles des choses que la majeure partie d’entre nous ignorent ? Oui et non.

Elles n’ont pas eu besoin de (chercher à) faire ami-ami avec leur système parce qu’il était déjà ami avec elles. Waouh. Pourquoi elles et pas moi ?

Elles n’ont pas eu besoin non plus de faire ami-ami avec leur système parce qu’il était déjà programmé pour la réussite. Waouh, pourquoi elles et pas moi ?

La différence entre elles et nous…

… c’est qu’il ne leur est pas arrivé les mêmes expériences qu’à nous.

Normal, vous me direz, tout le monde est unique, différent et ce que j’ai vécu ne peut pas être ce que vous avez vécu.

Ok, je vais préciser ma pensée : ce qui vous est arrivé vous empêche d’avancer. Ce qui leur est arrivé ne les empêche pas d’avancer et de faire selon leurs désirs. Notre histoire, les expériences de notre petite enfance va malheureusement déterminer comment notre système autonome va se structurer et déterminer en grande partie qui nous serons plus tard – à notre insu si nous ne prenons pas conscience de « ce qui nous est arrivé » pour y remédier… pour restructurer notre système afin qu’il réponde à nos attentes sur nous-mêmes.

Leur environnement est sécure

Autrement dit, certaines personnes ont grandi dans des environnements qui ont renforcé : leur sécurité intérieure, la confiance en elles, leurs capacités naturelles d’exploration, leur autonomie.

Leur système nerveux a appris que : avancer dans la vie est globalement sûr.

Pour d’autres – comme vous et moi (si vous vous reconnaissez) -, le système a appris l’inverse. Et dans ce cas, entreprendre devient inconsciemment perçu comme une zone de danger. C’est problématique d’entreprendre parce que notre système joue « contre nous », du moins contre notre volonté consciente et nous l’ignorions (jusqu’à cette lecture, n’est-ce pas).

Faire alliance avec son système nerveux

La bonne nouvelle, c’est qu’un système nerveux n’est pas figé (ouf). Il est plastique (la fameuse neuroplasticité), il peut évoluer.

La clé n’est donc pas de se battre contre soi. La clé est plutôt d’apprendre à coopérer avec son système interne. En quelque sorte : faire ami-ami avec soi-même.

Cela commence par une étape simple mais essentielle : apprendre à observer ce qui se passe en nous.

Oui, observer ce qui se passe en soi. En tant qu’Humain, nous sommes dotés d’une conscience réflexive qui nous permet d’avoir conscience de ce que nous sommes en train de faire, comme lire ce texte (par exemple), comme ressentir que j’ai mal au derrière à force d’être rivée à mon bureau pour cette rédaction, que j’ai soif et que j’en ai un peu marre…

S’observer pour comprendre notre fonctionnement et déjouer – reprogrammer – les pièges de survie installés en nous pour nous protéger de « tout danger », même les factices, même les inexistants, même les irrationnels… Parce que le système a appris, s’est développé, s’est structuré à partir de ce qui nous est arrivé et qui nous a façonnés pour la vie.

Alors que m’est-il arrivé (que vous est-il arrivé) pour que je devienne (vous deveniez) cette personne-là, incapable d’avancer comme je le souhaite (comme vous le souhaitez) si ardemment ?

 

Bienvenue dans votre laboratoire de connaissance de soi

Je vous propose de considérer votre vie comme un laboratoire de connaissance de soi. Pas un laboratoire scientifique compliqué. Un laboratoire intime. Le vôtre.

Exercice d’observation (5 minutes)

Pendant quelques jours, observez simplement ceci :

Quand vous pensez à un projet qui vous tient à cœur : que se passe-t-il dans votre corps ? Sentez-vous de l’élan ? ou au contraire une tension ? de la fatigue ? un flou mental ?
Notez simplement ce que vous observez. Sans jugement.
Vous commencez déjà à rencontrer votre système.

Test simple : la boussole du système nerveux

Posez-vous cette question : Quand je pense à avancer dans ce projet, est-ce que je ressens plutôt :

A — de l’élan
B — de l’inquiétude
C — un blocage ou une fatigue

Si la réponse est B ou C, il est possible que votre système nerveux perçoive un danger potentiel. Pas un danger réel. Mais un danger appris.

Mini-protocole d’alliance intérieure

Essayez cette expérience simple.

  1. Pensez à un projet qui vous tient à cœur.

  2. Posez une main sur votre poitrine.

  3. Respirez lentement pendant une minute.

  4. Dites intérieurement : « Merci de vouloir me protéger. »

Ce simple geste change parfois beaucoup de choses. Au lieu de lutter contre votre système… vous commencez à dialoguer avec lui.

Entreprendre sa vie commence par se comprendre

La connaissance de soi n’est pas un luxe. C’est un chemin. Peut-être même le chemin d’une vie. Car en apprenant à connaître nos parts : celles qui ont peur, celles qui protègent, celles qui aspirent à grandir, nous découvrons progressivement quelque chose d’extraordinaire : nous ne sommes pas cassés. Nous sommes simplement structurés par notre histoire. Et cette histoire peut évoluer. Alors peut-être qu’un jour, nous pourrons dire : « J’ai appris à travailler avec moi-même. » Et ce jour-là, l’envie d’entreprendre sa vie ne sera plus seulement un rêve. Elle deviendra un mouvement naturel.

Et si le véritable travail de notre vie n’était pas de nous forcer à réussir…

… mais d’apprendre à collaborer avec nous-mêmes ?

A vous d’aller voir en vous-même pour savoir qui commande votre Être.

A vous de décider si oui ou non vous laissez les commandes à d’autres – ces parties en vous-même que vous ignorez, mais aussi toutes ces personnes extérieures qui empiètent sur votre territoire de choix et d’action parce que votre système nerveux vous protège aussi de ces dangers-là.

Ce faisant, vous allez découvrir une merveilleuse personne – certes avec des parts bizarres, sombres, inconnues à faire peur ; mais aussi d’autres parts tellement lumineuses, des vibrantes qui vous rendrons plus vivant.e que jamais.

Qui vous donneront (enfin 🙂 l’ENVIE D’ENTREPRENDRE VOTRE VIE.

 

Je nous souhaite le meilleur.

Nathalie Decottégnie

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