Être proactif selon Viktor Frankl

Si vous allez sur Wikipédia, un article vous explique que Viktor E. Frankl est le premier à avoir parlé de la Proactivité dès 1946 dans son livre Découvrir un sens à sa vie (Les Éditions de l’Homme, 1988). Or, à aucune page de son livre, Viktor Frankl n’en parle explicitement. Je n’ai pas trouvé dans ses textes une mention ou une référence à la Proactivité ou aux attitudes et comportements proactifs. Il développe plusieurs concepts et thérapies (noodynamique, logothérapie,…) mais ne fait pas mention du terme « proactivité ». En revanche, il fonde une nouvelle thérapie qu’il baptise logothérapie, qui prend en compte le besoin de sens et la dimension spirituelle de l’être humain. Et, ce qui est sûr, c’est qu’il a exercé son muscle de la Proactivité dans les pires moments de sa vie.

Des Youtubeurs lui en attribuent pourtant la paternité (leur lecture de Wikipédia ?) Cet amalgame peut s’expliquer par le fait que Viktor Frankl explique que nous avons toujours le choix de nos comportements, quelle que soit la situation, aussi dramatique soit-elle. Et il sait de quoi il parle !

En effet, Viktor Frankl est déporté en 1942 à Theresienstadt, il est transféré par la suite à Auschwitz en octobre 1944. Son épouse, son frère et ses parents disparaitront dans les camps.

Viktor Frankl, en tant que psychiatre (autrichien, 1905-1997) a observé les attitudes et comportements de ses congénères dans cette descente aux enfers. Dans son livre « Donner un sens à sa vie » (1947), il analyse les réactions humaines de la personne confrontée au pire. Il explique que, même dans les situations extrêmes d’humiliation, de dégradation physique et morale, de torture, où la vie et la mort se joue à coup de dé… – l’être humain jouit encore d’un espace de liberté en soi : celui de son libre-arbitre. Celui de sa conscience. Celui de sa liberté intérieure et de sa profondeur d’âme. C’est en cela que son expérience et son témoignage sont une excellente démonstration d’attitudes et de comportements proactifs.

En effet, ses geôliers nazis pouvaient être maîtres de son être physique – le torturer, le tuer – mais lui pouvait rester conscient de son identité. Il était conscient qu’il pouvait observer la scène de l’extérieur grâce à cette conscience de soi. Il pouvait décider de comment toute cette folie allait l’affecter. Entre ce qui lui arrivait – le stimulus – et sa réaction, s’interposait sa liberté de pensée, son pouvoir de choisir une réponse. C’est ainsi qu’il a fait grandir en lui cet embryon de liberté intérieure, grâce à diverses techniques mentales, psychologiques et spirituelles. C’est ainsi que Viktor Frankl est revenu des camps avec ce principe fondamental de la nature humaine : entre le stimulus et la réponse, l’être humain a la liberté de choisir.

 

Entre le stimulus et la réponse, il y a « Je »

Il démontre qu’entre le stimulus et la réponse, il y a un espace-temps dans lequel immiscer sa conscience pour décider de l’attitude, de la pensée, du sentiment, de la réaction face à la situation contraignante. Nous avons le choix de sortir de l’automatisme Stimulus-réponse pour nous réapproprier notre liberté intérieure – même dans les pires situations, celles où notre vie est en jeu et où l’instinct de survie devrait nous faire fonctionner en mode survie. Hé bien, même dans de telles situations, nous avons le choix. Nous sommes des êtres humains, des êtres doués d’une conscience qui nous laisse le choix de penser et d’agir.

Outre cette conscience de soi qui nous distingue des animaux, nous avons l’imagination, la capacité de créer dans notre esprit des choses qui dépassent la réalité présente. Nous possédons une volonté indépendante, la possibilité d’agir selon notre conscience, sans tenir compte des influences extérieures.

Nous sommes illimité.e contrairement aux autres mammifères. Nos capacités nous élèvent (devraient nous élever) au-dessus du déterminisme et des conditionnements, et nous permettent de nous créer un monde abondant.

Et Qui peut le plus peut le moins : si un seul être humain est capable de jouir de cet espace intime de liberté en situation extrême, alors nous sommes tous capables de jouir de cet espace intérieur fait du choix de nos ressentis, de nos sentiments, de nos pensées, de toutes nos attitudes intérieures face au monde quel qu’il soit. (A ce titre, Nelson Mandela est aussi un excellent exemple d’attitudes et de comportements proactifs. Mais je ne l’ai pas lu de première main.)

Certes, nous ne choisissons pas toujours les circonstances de notre vie (les camps de la mort dont il a réchappé sont là pour l’attester), mais nous avons le choix de nous transformer « en porc ou en saint » (sic). Autrement dit, entre la situation quelle qu’elle soit (le stimulus dirions-nous en psychologie) et notre réponse (réflexe conditionné, habitude), nous avons la capacité – la liberté – de penser, de réfléchir et de choisir. Nous avons notre libre-arbitre. Notre liberté de conscience. C’est ce qui nous distingue des autres mammifères. Normalement.

Encore faut-il accepter le fait d’être totalement responsable de ses réactions, ses actions et leurs conséquences face aux événements de la vie. Il s’agit « d’adopter l’attitude que l’on se choisit et l’assumer dans les situations que l’on est obligé de vivre. Cette suprême liberté est reconnue par les Stoïciens et les Existentialistes modernes ».

Viktor Frankl témoigne que l’être humain est capable de s’élever au-dessus de son sort.

Dans les camps de la mort, les personnes n’ont aucune idée de l’issue de leur sort et ne savent pas quand ni si elles vont en sortir vivantes. A l’observation du comportement de ses pairs en milieu « hostile » (V. Frankl est psychiatre), il remarque qu’il est vital que l’être humain ait un but, une finalité, une « tension qui le tire en avant ». Le mot latin finis a deux significations : but et fin. « Un homme qui est incapable de prévoir la fin d’une « existence provisoire » (cf. Camps de concentration où l’être humain ne sait ni s’il survivra, ni pendant combien de temps, ni quand il sortira de l’enfer) est incapable de poursuivre un but », sa vie est un non-sens et les personnes sont virtuellement mortes.

Je suppose que c’est en cela que Viktor Frankl est souvent cité comme « le fondateur de la Proactivité ». Parce qu’il a « découvert le principe de base de la nature humaine » (sic Stephen Covey) qui est la liberté de choisir. En effet, en camp de concentration, Viktor Frankl a exercé cette liberté intérieure humaine fondamentale, et cette pratique psychologique et spirituelle lui a permet de sortir vivant des camps de la mort alors que rien dans sa condition physique ne l’y prédisposait. Bien plus tard, en 1989, Stephen Covey reprend à son compte ce « principe fondamental » et y construit l’une de ses premières habitudes sur laquelle vont reposer les six autres : l’habitude de la proactivité ». [voir La Proactivité selon Stephen Covey sur ce site]

 

« Qu’est-ce que je peux apporter à la vie ? »

Là se trouve l’attitude proactive qui implique d’avoir un but personnel, conforme à nos valeurs, qui nous appartient et qui fait sens pour nous. Trouver cette motivation apte à nous lever le matin nous incombe. Nous avons la responsabilité de trouver en nous ce moteur qui nous donne l’énergie pour aller de l’avant. C’est à nous d’actualiser notre potentiel afin de nous faire une vie digne de notre condition d’être humain « sensé transcender sa vie ». Ce qui revient à nous poser la fameuse question : non pas « qu’est-ce que la vie peut m’apporter ? », mais « qu’est-ce que moi je peux apporter à la vie ? »

Viktor Frankl ajoute : « Ce n’est pas l’homéostasie qu’il faut à l’homme mais ce que j’appelle une noodynamique, c’est-à-dire une dynamique existentielle dans un champ de tension polarisé où l’un des pôles représente un but à atteindre et l’autre la personne qui vise ce but. » Bref, une vie tranquille où il ne se passe rien n’est pas faite pour l’Être humain, qui a besoin de tension plutôt que d’équilibre interne. « Cette tension étant inhérente à l’être humain,  et donc indispensable à sa santé mentale, on ne devrait pas hésiter à la confronter avec le sens de la vie. (…) Ce dont l’homme a besoin, ce n’est pas de vivre sans tension mais bien de tendre vers un but valable, de réaliser une tâche librement choisie. Il a besoin non de se libérer de sa tension à tout prix, mais plutôt de se sentir appelé à accomplir quelque chose ».

Ces propos de Viktor Frankl rejoignent le savoir être proactif : l’homme n’est pas qu’un corps physique (un animal cherchant à sauver sa peau) ou qu’un psychisme (une tête pensante, libre et responsable), il est aussi un esprit en quête de spiritualité et de sens qui transcendent sa vie.

Les crises, comme tout changement, créent des antagonismes et du chaos. Mais elles provoquent aussi des opportunités aussi longtemps que nous sommes capables de les voir comme telles : des ressources pour nous actualiser. Car les périodes de tensions, de chaos – parfois extrêmes selon nos capacités à faire face à l’inconnu et au transitoire – nous permettent de revoir nos valeurs, de réévaluer nos croyances, d’approfondir en notre âme et conscience notre finalité, nos buts, nos objectifs, nos actions, notre mission de vie.

Être proactif, c’est être conscient de cet espace de liberté pour choisir d’être et de faire selon nos plus hautes aspirations.

Je vous invite à aller plus loin dans votre découverte et connaissance de la Proactivité en allant lire ce qu’en dit Stephen Covey : c’est ici.

 

Je vous souhaite le meilleur,

nathalie Decottégnie, la proactivité en actionNathalie Decottégnie

Référente de la Proactivité
Auteure, Consultante, Formatrice, Conférencière
Maître Reiki et Praticienne depuis 2004

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